VélodrameparMBasfoil

Un cadeau de Martin Bafoil. Un grand merci à lui.


Voici le texte, extrait du premier chapitre :

Chapitre 1

Vole Marcel

 

 - C'est parti ! Greef, Champion, Vogondy, Isasi, et Mayoz semblent vouloir lancer la première échappée de cette quatrième étape, ce mercredi 7 juillet, en cette  97e édition de la Grande Boucle.

La voix du journaliste sportif s'égosille dans l'autoradio. Au même moment, Marcel Proust passe la vitre arrière ouverte du Scénic et tourbillonne dans l’air chaud comme un oiseau blessé.

   - Non ! À la fin, vous abusez, mon commandant !

Le conducteur frappe rageusement le volant, coupe le communiqué cycliste de l'été et appuie fermement sur la pédale de frein. Les quatre passagers basculent vers l'avant d'un même mouvement brutal. Le lieutenant de police, Victor Étrela, est en colère contre son ex-supérieur : Georges Faidherbe, assis sur la banquette arrière, au milieu. Ce dernier vient de balancer hors du véhicule le premier volume de l'intégrale de La Recherche du temps perdu de Marcel Proust, deux mille quatre cents pages, collection Bouquins. Comme ça, parce que l’ex-commandant de police du Havre est devenu imprévisible. Il en avait pourtant conseillé un jour la lecture à Étrela, encore sous le choc d’une affaire sordide, lui disant « Mon garçon, quand tu as fait le trop-plein de viscères, de sang et de vulgarité, lis du Proust. Tu sauras alors que la cruauté et la bêtise humaines peuvent atteindre des sommets d’élégance et de raffinement.»

Mais l’ex-commissaire a oublié ses conseils. Maintenant, il ne parle plus que par gestes ou grognements.